10 février 2008
La famille et le lien intergénérationnel
Il est de nombreuses tâches concrètes et matérielles qui incombent à une équipe municipale et celle-ci se doit de s’en acquitter au mieux de ses capacités. Parallèlement, il existe des problèmes qui exigent, pour être résolus, une vision et des choix théoriques guidés par le sens de la justice, de l’équilibre et du respect des autres. Parmi ces problèmes, il en est un particulièrement important que ne saurait ignorer une personne chargée de responsabilités civiques. Il s’agit d’une rupture de la compréhension des générations entre elles. Celle-ci n’est pas nouvelle, mais, depuis quelques décennies, elle n’a jamais été aussi profonde.
On peut affirmer, sans grand risque de se tromper, que la mentalité d’un adolescent ou d'une adolescente en France, à la veille de la première guerre mondiale, n’était pas fondamentalement différente de celle de leurs homologues à la fin de la dernière guerre mondiale; en revanche, il y a un abîme entre la façon de voir de ces derniers et celle d’une personne du même âge née quinze ou vingt ans plus tard.
Ce fossé, depuis, n’a fait que grandir. Il n’y a pas lieu ici d’examiner en détail les causes de ce changement ; on s’entendra peut-être à reconnaître que le développement des sciences humaines et leurs applications ont joué un rôle important. C’est ainsi que l’introduction de la méthode globale, celle d’une grammaire apparemment formelle, prétendument mise au goût du jour et celle des mathématiques dites modernes ont pu modifier le processus cognitif des jeunes élèves et les éloigner de leurs parents, dans la mesure où ceux-ci ne pouvaient plus leur venir en aide dans leurs études.
Or on doit bien reconnaître, sans nier pour autant que certaines oppositions, certaines divergences de point de vue soient constructives, qu’une collectivité ne se réalise et ne progresse que dans l’harmonie et l’intercompréhension. C’est pourquoi il importe de se pencher sur le fossé qui se creuse entre les générations. Une des raisons fondamentales de cette rupture doit être imputée à l'effritement de la famille. Celle-ci est, depuis la nuit des temps, la pierre d'angle sur laquelle repose tout l'édifice social. On n'a pas trouvé mieux depuis. C'est le lieu de mémoire par excellence, c'est aussi le creuset où se forgent tous les projets d'avenir. Mais surtout, dans la perspective qui est la nôtre, c'est là que se développe en chaque individu un sentiment d'appartenance. On ne peut faire table rase du passé, et, comme un arbre se développe en s'enracinant, c'est en restant fidèle et attaché à la cellule familiale qui l'a vu naître, qu'un individu prend son essor tout en prenant conscience de son appartenance à d'autres milieux plus larges, comme sa province et sa patrie. Compte tenu de ces considérations, il n’est pas aisé de trouver, dans un pays où le PACS prend le pas sur le mariage, des solutions à la coupure entre générations ; Celle-ci se doit d'être dénoncée, et les remèdes pour la supprimer varient d’un niveau de compétence à l’autre ; dans les conditions actuelles, il ne saurait être question, par exemple, que les autorités municipales puissent avoir leur mot à dire sur les programmes scolaires, sinon en dénonçant quelques aberrations. Quoi qu’il en soit, il y a toujours à faire.
C’est à cela que doit se consacrer, entre autres, l’équipe à laquelle je serais affectée et j’entends bien le faire avec d’autres membres prêts à relever avec moi ce défi.
Christiane ARLES-ROMAGNY
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